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un document vidéo : propagande et mensonge de la nasa? Sciences & Avenir JANVIER 2001 -- N° 647 Analyse et contre-analyse A-t-on vraiment marché sur la Lune ? Depuis 1969, certains s'interrogent. L'exploit des Américains a-t-il été mis en scène dans un studio ? Des internautes passent et repassent au peigne fin les images transmises par la Nasa. "Sciences et Avenir" en a fait autant. Mise au point. |
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NASA / JSC
Houston, 20 juillet 1969. L'atmosphère est oppressante
dans la salle de contrôle de la Nasa. Le souffle court, le coeur battant, ingénieurs
et techniciens ont les yeux rivés sur leurs ordinateurs. La voix de Buzz Aldrin
grésille dans les haut-parleurs, égrenant les chiffres de la descente : "
Altitude 300 pieds ... 75 pieds ... 40 pieds, nous ramassons un peu de poussière.
" Sur le grand écran qui surplombe les têtes, on voit s'approcher la surface
grise de la Lune. " 30 pieds, une ombre ... 20 pieds ... Contact, lumière.
" Quelques mots encore. Puis la voix d'Armstrong : " Moteurs coupés.
[Pause] Houston, ici base de la Tranquillité. L'Aigle s'est posé. " Concert
de soupirs et d'applaudissements à Houston. Durant quelques minutes encore,
des millions de téléviseurs retransmettent les échanges grésillant entre Houston,
Buzz Aldrin et Neil Armstrong, les deux occupants du minuscule module qui vient
de se poser sur la Lune. Puis la communication est interrompue et les écrans
redeviennent noirs.
A quelques centaines de kilomètres de là, sous un immense hangar secret de la
Nasa, dans les montagnes de l'Arizona, des techniciens éreintés goûtent enfin
une cigarette bien méritée et éteignent un à un les projecteurs. Armstrong et
Aldrin se dirigent vers la salle des douches, tandis qu'une autre équipe prend
le relais et fignole le décor désolé de roches et de cendres poudreuses pour
la prochaine transmission télévisée depuis la Lune, celle, mémorable, où Armstrong
devra déclamer d'une voix claire : "C'est un petit pas pour l'homme, mais
un bond de géant pour l'humanité." C'est cette autre "vérité",
cette "vérité de l'ombre et des coulisses" que tente aujourd'hui d'imposer
une poignée de Sherlock Holmes des réseaux. En fait de " bond de géant
", il s'agirait plutôt du " canular du siècle ", affirme Philippe
Lheureux, l'un de ces pourfendeurs de la conquête spatiale.
" Je ne dis pas que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, tempère-t-il,
je pense simplement qu'ils n'ont pas diffusé les vraies photos, gratuitement,
au monde entier. Auraient-ils divulgué si facilement aux Russes des renseignements
aussi importants alors qu'ils ne leur ont pas donné un seul gramme d'échantillons
de roche lunaire sur les 382 kilos rapportés ? " Pour lui, la Nasa nous
dissimule une vérité beaucoup plus fascinante : la Lune est habitée et les astronautes
qui l'ont survolée ont vu des êtres plus évolués que nous. Soucieuse de garder
secrète ces " précieuses informations ", la Nasa aurait alors préféré
diffuser des images fignolées en studio. A moins que tout ne soit que poudre
aux yeux, que personne, jamais, n'ait posé un pied sur la Lune ...
La théorie du complot n'est pas nouvelle puisque, dès 1969, des journaux américains
mettaient en doute l'exploit de leurs compatriotes. Depuis lors, l'idée d'une
tromperie lunaire réapparaît régulièrement dans les médias et inspire même des
scénarios de films. Tel Capricorne One, de Peter Hyams, où trois astronautes
simulent en studio un débarquement sur Mars. Reste que les scènes martiennes
de ce film de 1978 n'auraient trompé personne à l'époque. Que penser alors de
photos et de films " truqués " réalisés en 1969, avec des techniques
d'effets spéciaux de l'époque, qui duperaient encore aujourd'hui les meilleurs
des spécialistes ? Surtout, souligne Kirsten Larson, spécialiste des affaires
publiques à la Nasa, il existe " des preuves physiques irréfutables : engins
spatiaux, pierres lunaires, les 18 hommes qui ont mis le pied sur la Lune, ceux
chargés de la mission de contrôle, des transmissions télévisées en direct. Tout
cela, ajoute-t-elle, témoigne de la réalité du programme Apollo. "
Tout cela, pourtant, ne convainc pas les partisans de la théorie du complot,
pour qui les hommes impliqués à Terre auraient pu être leurrés eux-mêmes. En
France, le détracteur le plus virulent (voire le seul) est Philippe Lheureux,
un amateur de photographies d'astronomie qui a su entendre les doutes émis par
sa " tante Jeanine ". Il a créé un site d'analyse des photos de la
Nasa (lire les encadrés) et vient de publier un ouvrage sur le sujet*. Outre-Atlantique,
au moins deux autres sites égrènent les mêmes analyses. Le plus extrême est
celui de Kevin Overstreet qui affirme haut et clair que tout est truqué et,
par conséquent, que personne n'a jamais mis les pieds sur la Lune. Quant à David
Percy, un producteur de télévision, il s'interroge sur un fait historique pour
lequel nous n'avons d'autres preuves que celles fournies par la Nasa elle-même.
Autant dire aucune preuve "objective", suggère-t-il. Sans compter
que ces images, soulignent les trois hommes, semblent très douteuses. Les ombres
sont incohérentes, ici et là on croit apercevoir le reflet d'un projecteur,
les astronautes n'ont pas la démarche qui sied en situation lunaire, leur matériel
semble bien peu protégé dans un univers si hostile, le même décor sert deux
fois pour des images différentes et incohérentes l'une avec l'autre, etc.
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Effets d'optique
légende
Il faut dire que la lecture que les trois hommes font des magnifiques images
de la Lune est, de prime abord, très troublante. Le doute s'insinue. Mais il
ne résiste pas longtemps à l'analyse des images replacées dans le contexte des
expéditions lunaires et de la technologie photographique de l'époque. Ombres
étranges et premiers plans truqués s'avèrent n'être que des effets d'optique,
les "projecteurs" ne sont que de simples reflets dans la lentille,
les différences dans le décor s'expliquent par l'utilisation de focales différentes,
etc. Il ne faut pas longtemps pour démonter un à un les arguments des partisans
du complot. Sur le Net, plusieurs passionnés d'espace se sont livrés au jeu
de la contre-analyse, créant des sites dédiés à la réhabilitation des images
du programme Apollo. Mais rien ne peut ébranler le doute bien installé d'un
Philippe Lheureux, pour qui " tout n'était que propagande politique et
savante mise en scène destinée à drainer des fonds pour l'armement et à gagner
la guerre psychologique vis-à-vis des Russes. Toutes les pierres ont été rapportées
par des sondes automatiques. " Soit un chapelet d'opérations coûteuses
et compliquées, bien plus compliquées qu'un simple débarquement sur la Lune...
* Lumières sur la Lune, Philippe Lheureux, Carnot Documents, 2000.
Sylvie Rouat
Une caméra à découvert
Un peu étrange, remarque Philippe Lheureux, cet appareil photo livré presque
nu au vide, au froid (-150 °C à l'ombre), à la chaleur (+130 °C au soleil) et
aux radiations X et ultraviolettes. Et puis, " si l'on regarde le reflet
dans la visière du casque, on aperçoit des ombres qui partent dans deux directions
différentes. J'ai beau regarder dehors, je ne vois pas deux soleils ...
Pourquoi le côté de la combinaison est-il éclairé par un soleil brillant qui
n'éclaire pas le sol derrière l'astronaute ? Et que penser de l'ombre des jambes
de l'astronaute visible dans la visière du casque ? Il est éclairé de face et
se trouve en face de l'autre qui, lui, est éclairé de côté ! "
En fait, les appareils photo utilisés depuis 1962 dans les programmes spatiaux
Mercury, Gemini et Apollo étaient des Hasselblad 500 allégés et peints en noir
pour réduire la réflexion lumineuse. D'après Hasselblad, ils avaient été modifiés
pour s'adapter aux conditions lunaires et diverses lentilles furent testées
au fil des missions. Par ailleurs, le passage de la chaleur au froid n'est pas
aussi brutal que le pense Philippe Lheureux et les appareils photo ne sont pas
restés suffisamment longtemps exposés aux rayonnements pour que leur mécanique
en souffre.
Quant aux ombres, elles sont normalement déformées par la réflexion sur la surface
sphérique de la visière de l'astronaute. Une expérience très simple réalisée
par Bernard Lemoine et Jean-Luc Destombes, du laboratoire de physique des lasers
de Lille, montre qu'une scène reflétée dans une boule de Noël présente les mêmes
apparentes incohérences des perspectives. En utilisant deux bouteilles de lait
blanches, les deux chercheurs montrent également " comment les zones d'ombres
du scaphandre de Bean sont généreusement éclairées par le scaphandre de l'astronaute
photographe ".
Et la petite sphère blanche, visible à gauche de l'astronaute ? Ne s'agit-il
pas d'un projecteur ? " Pas du tout, répond le photographe François Guénet.
Sa forme octogonale indique qu'il s'agit d'un effet courant de diffraction de
la lumière. En 1969, les laboratoires n'avaient pas encore vraiment mis au point
des traitements antireflets. "
Le décor dévoilé
Le même fond pour deux photos différentes prise lors de la même mission , on
croit rêver ! ", jubile Philippe Lheureux. " Où est donc passé le
Lem sur la deuxième photo ? Il est devant le cratère ... certes, mais alors
pourquoi ne voit-on pas le cratère sur la photo du Lem ? " Si, en effet,
" les arrière-plans se recoupent parfaitement, les premiers plans sont
en totale contradiction les uns avec les autres. " Un photographe à qui
l'on a montré ces deux clichés s'est d'abord exclamé : " Là il y a quelque
chose, ça sent le montage. " Mais ce sentiment n'a pas résisté à l'examen
minutieux des photos incriminées. Car, en y regardant de plus près, les arrière-plans
ne se recoupent pas exactement, comme Bernard Lemoine et Jean-Luc Destombes,
du Laboratoire de physique des lasers, atomes et molécules de Lille l'ont mis
en évidence sur le montage ci-contre (les flèches partent du sommet d'une colline
vers un petit cratère sombre). Sachant que les montagnes sont à 4 ou 5 kilomètres
de distance, il est évident qu'en bougeant de quelques dizaines de mètres au
même endroit (comme cela a été le cas lors de cette troisième sortie de la mission
Apollo 15), l'arrière-plan ne se modifie que de manière très subtile, à peine
visible de prime abord. Le cratère visible sur la deuxième photo se trouve en
réalité à la même hauteur que le Lem. Le deuxième cliché a été pris de l'intérieur
du cratère de 15 mètres de diamètre, en contrebas du terrain. Le Lem invisible
est alors à gauche et la ligne de démarcation qui partage la photo marque un
simple relief du terrain.
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Une Lune grande comme un studio
Je veux bien que sur la Lune la ligne d'horizon soit plus proche que sur Terre,
mais à ce point-là!", s'exclame Philippe Lheureux. En fait, le même effet
de proximité de la ligne d'horizon peut être reproduit sur des clichés terrestres,
notamment dans des paysages de plaine, sans hauteurs visibles à l'horizon. Il
suffit de prendre une photo en contrebas d'une légère butte pour avoir l'impression
que le sommet de cette butte marque l'horizon. C'est vraisemblablement cet effet
qui trompe nos sens sur ce cliché lunaire. De la même manière, les ombres apparemment
étranges de cette image sont simplement déformées par un effet de perspective.
Une Terre grosse comme une orange ?
Vraiment basse sur l'horizon et bien petite, cette Terre qui devrait faire 6
fois la taille de la Lune sur Terre ! ", s'exclame Philippe Lheureux. Première
erreur : la Terre n'est que quatre fois à peine plus grosse que la Lune (c'est
la gravité qui est six fois moindre sur la Lune). Certes, renchérit le sceptique,
mais que penser de la comparaison entre cette photo et celle (en incrustation)
prise lors du survol de la Lune par le module Apollo 11, qui couvre une plus
vaste région de la Lune, et où la Terre apparaît bien plus grosse? " Effet
d'optique ou mauvais truquage ? "
Réponse immédiate du photographe
François Guénet : " Il s'agit tout simplement d'un effet dû à l'utilisation
de deux objectifs différents pour l'une et l'autre photo. La photo prise depuis
le sol lunaire a, de toute évidence, été réalisée avec un grand-angle, tandis
que celle qui est prise au-dessus de la Lune a été faite avec un téléobjectif,
qui agrandit l'objet lointain visé, en l'occurrence la Terre. "
Sciences & Avenir N°647
